Exosquelette en agriculture et viticulture : ce qu'en dit la MSA
Taille de la vigne, maraîchage, travaux bras levés : les exosquelettes intéressent les exploitations. Voici ce qu'en disent la MSA et l'INRS, et comment tester sans se tromper.
Sommaire
En bref : en agriculture et en viticulture, les exosquelettes passifs pour le dos ou les épaules peuvent soulager certaines postures, comme la taille de la vigne ou le travail penché. Mais la MSA rappelle que leur efficacité pour prévenir les TMS n'est pas démontrée et que leur acceptation n'est pas acquise. Avant d'acheter : étudiez les autres pistes avec le service Santé Sécurité au Travail de votre MSA, puis testez plusieurs modèles sur vos parcelles, pendant plusieurs jours.
Taille, relevage, ébourgeonnage, récolte, désherbage manuel, conditionnement : les travaux agricoles imposent des postures prolongées, souvent dans le froid ou l'humidité. Les exosquelettes attirent donc de plus en plus d'exploitations, notamment dans un contexte de difficultés de recrutement.
Ce guide s'appuie sur les publications de la MSA, l'organisme de protection sociale du monde agricole, et de l'INRS. Pour la démarche générale de choix, voir notre article exosquelette au travail : ce que recommande l'INRS.
Pourquoi les TMS pèsent autant en agriculture
Selon la MSA, les troubles musculosquelettiques sont la première cause de maladies professionnelles reconnues en agriculture : 93,3 % en 2016. La MSA cite parmi les secteurs les plus touchés la viticulture, les cultures, la découpe de viande, l'élevage bovin et les entreprises de jardins et espaces verts.
En viticulture, une fiche de la MSA Sud Champagne indique que 93 % des maladies professionnelles déclarées sont des TMS, et que leur nombre n'a pas diminué avec la diffusion des sécateurs électriques ; certaines atteintes augmentent, notamment aux épaules. La fiche relie ces TMS aux gestes répétitifs, aux postures contraignantes prolongées pendant toute la saison de taille, et à la météo.
Quelles tâches agricoles peuvent relever d'un exosquelette ?
Le guide INRS ED 6416 classe les tâches selon le besoin d'assistance. Deux familles concernent directement les exploitations :
- Le maintien des bras en hauteur, que l'INRS cite explicitement comme fréquent dans l'agriculture. En pratique : travaux sur les fils hauts, palissage, récolte en hauteur, certaines tâches en serre.
- Le maintien du tronc incliné vers l'avant : taille de vigne basse, maraîchage, cueillette au sol, désherbage manuel.
Pour la première famille, on parle d'exosquelette d'épaules, comme le SuitX IX SHOULDER AIR. Pour la seconde, d'exosquelette dorsal, comme le SuitX IX BACK AIR, passif et sans batterie. Précision importante : dans les données que nous avons vérifiées, SUITX destine ces modèles à la logistique, à l'industrie et au bâtiment, et ne cite pas l'agriculture. Leur pertinence sur vos parcelles reste donc à démontrer par l'essai. Tous les modèles dorsaux sont réunis dans notre collection dos et lombaires.
Ce qu'a montré l'étude de la MSA du Languedoc sur la taille de la vigne
La MSA du Languedoc a suivi une cohorte de 33 salariés et exploitants viticoles du Gard et de l'Hérault, équipés d'un exosquelette passif pendant la taille. Après trois essais de modèles au début de la saison 2022-2023, le dispositif retenu a été utilisé pendant les deux saisons suivantes. Les résultats de la première mise en situation, présentés au congrès CNMST 2024, sont nuancés :
- 57 % des participants pensaient que l'exosquelette permet de réduire la pénibilité ; ils étaient 96 % avant de commencer ;
- 33 % ont exprimé une réduction de la pénibilité ou une diminution des douleurs pendant l'utilisation ;
- 56 % ont signalé au moins une nouvelle gêne ;
- 27,3 % ont abandonné, dont 22 % à cause de gênes jugées insupportables ;
- personne n'a ressenti de tachycardie ou d'essoufflement.
La conclusion des auteurs : l'acceptation n'est pas assurée, et le confort en travail réel est déterminant. Ils estiment que toute intention d'achat doit s'accompagner d'un essai de 5 à 10 jours. Ils précisent aussi que leur étude, à la puissance statistique limitée, ne se prononce pas sur l'efficacité des exosquelettes dans la prévention des TMS.
Les mises en garde de la MSA
Lors d'une conférence au SIVAL en janvier 2024, plusieurs caisses de MSA et la caisse centrale (CCMSA) ont fait le point. Le livret qui en est issu retient plusieurs messages :
- il n'existe pas, à ce stade, de données scientifiques suffisantes pour affirmer que les exosquelettes réduisent l'apparition de TMS liés au travail ; en déplaçant des contraintes, ils pourraient même contribuer à d'autres TMS ;
- le port d'un exosquelette n'est pas sans risques : changements de gestuelle, sollicitation cardiovasculaire, mobilité réduite, déséquilibre ;
- l'avis du médecin du travail est indispensable en amont du projet, pendant l'intégration et au cours du suivi ;
- un exosquelette est conçu pour la santé du travailleur, pas pour augmenter sa productivité. Le vigneron témoin le confirme : selon lui, cela n'augmente pas la productivité.
Le même livret rappelle que l'exosquelette n'est pas « l'outil miracle », mais un équipement qui peut compléter des solutions d'organisation, de matériel et de formation.
Les pistes à étudier avant un exosquelette
La fiche MSA sur la taille de la vigne propose des mesures sur trois volets. Côté technique : choisir, alterner et entretenir les outils (affûtage plusieurs fois par jour), utiliser des équipements d'aide à la posture (pantalon à genouillères, siège de vigne, mono-pied), prétailler mécaniquement pour faciliter le tirage des bois. Côté organisation : démarrer la saison progressivement, alterner les tâches et les postures, prévoir des temps de récupération. La conduite de la vigne (vigueur, densité, liage) joue aussi.
Ces mesures agissent sur la cause. Un exosquelette, s'il est retenu, vient ensuite, comme le prévoient les principes généraux de prévention du Code du travail.
Comment tester un exosquelette sur votre exploitation
La démarche présentée par la CCMSA au SIVAL s'appuie sur l'expression de l'utilisateur final. Nous en retenons les étapes clés :
- Définir les objectifs de prévention et faire un état des lieux partagé du travail réel.
- Étudier les solutions alternatives ou complémentaires, et tenir compte des contre-indications médicales.
- Rédiger un cahier des charges : tâches, durée de port, conditions (pluie, boue, froid, déplacements entre parcelles).
- Tester plusieurs modèles en conditions réelles et sur la durée, avec des volontaires libres d'arrêter à tout moment.
- Déployer progressivement si l'évaluation est positive, et réévaluer régulièrement.
Pensez aussi aux questions pratiques soulevées par le vigneron témoin : réglages, usure, stockage, nettoyage, port pendant les trajets. La résistance à la pluie et à la poussière des modèles professionnels n'est pas publiée dans nos données : demandez-la avant l'essai.
Les services Santé Sécurité au Travail de la MSA peuvent vous accompagner à chaque étape. Côté budget, la MSA indique que chaque caisse a sa propre politique ; notre article financer un exosquelette en entreprise fait le point sur les aides.
Vous êtes un particulier et cherchez de l'aide pour votre potager ? Lisez plutôt notre article exosquelette pour le jardinage et le bricolage. Pour une exploitation, présentez-nous vos tâches et vos saisons sur notre page demande d'essai professionnel : nous étudierons avec vous les modèles à tester.
Questions fréquentes
Un exosquelette est-il utile pour la taille de la vigne ?
Certains tailleurs le trouvent utile : dans l'étude de la MSA du Languedoc, 33 % des participants ont exprimé une réduction de la pénibilité ou des douleurs. Mais 27,3 % ont abandonné dès la première mise en situation. Un essai long sur vos parcelles est indispensable.
La MSA recommande-t-elle les exosquelettes ?
La MSA ne les présente pas comme une solution en soi. Ses services Santé Sécurité au Travail proposent un appui méthodologique pour étudier d'abord les autres pistes de prévention, puis tester plusieurs modèles sur la durée si un exosquelette est envisagé.
Combien de temps faut-il essayer un exosquelette avant de l'acheter ?
Les auteurs de l'étude MSA du Languedoc estiment qu'il faut une phase d'essai de 5 à 10 jours. La démarche présentée par la MSA au SIVAL 2024 parle de plusieurs semaines, en conditions réelles.
Existe-t-il une aide de la MSA pour acheter un exosquelette ?
Selon la MSA, chaque caisse a sa politique sur le sujet. Interrogez le service prévention de votre MSA avant tout achat : certaines aides, comme l'AFSA, prévoient un diagnostic par un conseiller en prévention et l'étude d'un devis avant l'achat.
Les exosquelettes de randonnée conviennent-ils aux travaux agricoles ?
Les exosquelettes de hanche motorisés comme ceux d'Hypershell ou de Dnsys sont conçus pour la marche et la randonnée. Ils ne sont pas présentés par leurs fabricants comme des équipements de travail pour soulager le dos lors des flexions.
Sources
- MSA Santé Sécurité en Agriculture – Troubles musculosquelettiques
- MSA Sud Champagne – La taille de la vigne : une activité à risque ? (PDF)
- MSA du Languedoc – Acceptabilité du port d'un exosquelette passif pendant la taille de la vigne (poster CNMST 2024, PDF)
- MSA Maine-et-Loire, Loire-Atlantique-Vendée, Berry-Touraine, Mayenne-Orne-Sarthe – Les exosquelettes, top ou flop ? (conférence SIVAL 2024, PDF)
- MSA Sud Aquitaine – Aide financière simplifiée agricole (AFSA), mise à jour du 16/04/2026
- INRS – Repères méthodologiques pour la sélection d'un exosquelette professionnel, ED 6416 (juillet 2021)
- INRS – Exosquelettes : foire aux questions (mise à jour du 23/05/2018)
- Légifrance – Code du travail, article L4121-2
- SUITX by Ottobock – IX BACK AIR
- SUITX by Ottobock – IX SHOULDER AIR