Exosquelette au travail : ce que recommande l'INRS, étape par étape
Avant d'équiper vos équipes, découvrez la démarche recommandée par l'INRS en quatre étapes. Rôle de l'employeur, risques à évaluer, statut réglementaire : l'essentiel, sources à l'appui.
Sommaire
En bref : l'INRS ne déconseille pas les exosquelettes au travail, mais il pose une condition : partir de l'analyse du poste, pas de l'appareil. Son guide ED 6416 (2021) propose quatre étapes : caractériser la tâche, choisir une catégorie d'exosquelette, vérifier les bénéfices sur le terrain, puis évaluer les effets indésirables. L'employeur reste responsable de la démarche, dans le cadre des principes de prévention de l'article L4121-2 du Code du travail.
Vous dirigez une entreprise, un service HSE ou une équipe de chantier, et un fournisseur vous présente un exosquelette comme la réponse aux troubles musculosquelettiques (TMS) ? Avant de signer un bon de commande, il est utile de savoir ce qu'en dit l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS), l'organisme de référence en France pour la prévention des risques professionnels.
Cet article résume ses publications, avec les références exactes, pour vous aider à construire un projet solide. Si vous cherchez d'abord une vue d'ensemble des possibilités et des limites, lisez notre page usages, possibilités et limites.
Quels documents de l'INRS consulter sur les exosquelettes ?
L'INRS a publié plusieurs documents complémentaires, tous téléchargeables gratuitement sur inrs.fr :
- ED 6295 – 10 idées reçues sur les exosquelettes (mai 2018) : un guide court destiné aux chefs d'entreprise, pour se poser les bonnes questions avant d'acheter. Nous le détaillons dans notre article idées reçues sur les exosquelettes.
- ED 6311 – Exosquelettes au travail : impact sur la santé et la sécurité des opérateurs. État des connaissances : une synthèse destinée aux préventeurs.
- ED 6315 – Acquisition et intégration d'un exosquelette en entreprise. Guide pour les préventeurs (édition de décembre 2022) : la démarche complète, de la définition du besoin d'assistance physique jusqu'à l'intégration en situation réelle de travail.
- ED 6416 – Repères méthodologiques pour la sélection d'un exosquelette professionnel (juillet 2021) : un complément opérationnel à l'ED 6315, centré sur le choix du modèle.
- La foire aux questions du dossier « Exosquelettes » de l'INRS : 34 questions-réponses sur le coût, le statut réglementaire, les risques et l'organisation.
Ces documents ont des dates différentes. La FAQ, mise à jour en mai 2018, reflète l'état des connaissances de l'époque : vérifiez toujours la version la plus récente sur inrs.fr.
Quel est le rôle de l'employeur selon le Code du travail ?
L'article L4121-1 du Code du travail impose à l'employeur de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé des travailleurs. L'article L4121-2 précise comment, avec neuf principes généraux de prévention. L'employeur doit notamment :
- éviter les risques ;
- évaluer les risques qui ne peuvent pas être évités ;
- combattre les risques à la source ;
- adapter le travail à l'homme, en particulier la conception des postes, le choix des équipements et des méthodes de travail ;
- tenir compte de l'évolution de la technique ;
- remplacer ce qui est dangereux par ce qui ne l'est pas ou par ce qui l'est moins ;
- planifier la prévention de façon cohérente (technique, organisation, conditions de travail, relations sociales, facteurs ambiants) ;
- donner la priorité aux mesures de protection collective sur les mesures de protection individuelle ;
- donner les instructions appropriées aux travailleurs.
Pour un projet d'exosquelette, cet ordre compte. Un exosquelette se porte sur le corps et agit sur une seule personne : il intervient après les mesures qui suppriment ou réduisent la contrainte à la source (aménagement du poste, aides à la manutention, outils allégés, plateformes, organisation). C'est exactement ce que rappelle l'INRS dans sa FAQ : l'exosquelette ne vient qu'après les mesures de prévention collective.
Autre point pratique relevé par l'INRS : l'exosquelette doit être intégré à l'évaluation des risques de l'entreprise et figurer dans le document unique.
Les 4 étapes du guide INRS ED 6416 pour choisir un exosquelette
Le guide part d'un constat : l'assistance apportée par les exosquelettes est trop spécifique pour couvrir toute la diversité des contraintes physiques d'un poste. D'où une démarche en quatre étapes.
Étape 1 : caractériser la tâche de travail
L'objectif est de préciser le besoin d'assistance physique. L'INRS demande de s'appuyer sur l'expérience des salariés et d'étudier les efforts musculaires, les postures, les sollicitations cardiaques, le caractère statique ou dynamique de l'activité et le poids des charges. Le guide distingue trois grandes familles de tâches :
- le maintien statique ou quasi statique des bras en hauteur (ponçage, peinture, travail sous caisse) ;
- le maintien du tronc incliné vers l'avant (charges stockées en position basse, espaces restreints) ;
- la manutention dynamique d'une charge, plus complexe à assister, car elle sollicite à la fois le dos et les membres supérieurs.
Étape 2 : sélectionner une catégorie d'exosquelette adaptée
L'INRS identifie quatre grandes catégories d'exosquelettes professionnels : souples pour le dos (textiles élastiques), rigides pour le dos (ressorts, lames composites), d'assistance des épaules (support du bras pour le travail mains au-dessus de la tête) et d'assistance de l'ensemble du membre supérieur. Le guide note aussi que les modèles capables d'assister plusieurs parties du corps en même temps restent rares. Pour le travail bras levés, voir notre collection BTP travaux bras levés ; pour les flexions du tronc, la collection travail et manutention.
Étape 3 : vérifier les bénéfices en situation réelle
Au sein d'une même catégorie, les performances varient. L'INRS demande de vérifier auprès du fabricant que le produit répond au besoin identifié, puis d'évaluer les bénéfices en situation réelle de travail, après une période de familiarisation. Les essais de laboratoire présentés dans le guide montrent pourquoi :
- un exosquelette textile pour le dos a réduit légèrement (de 5 à 10 %) les contraintes lombaires, selon l'inclinaison du tronc ;
- un exosquelette rigide pour le dos a réduit l'effort des muscles lombaires de 5 à 20 % en manutention dynamique, mais il a augmenté la contrainte lombaire pour les fortes inclinaisons (au-delà de 75°) ;
- l'exosquelette d'assistance des épaules testé a réduit la sollicitation des muscles élévateurs des bras lors d'une tâche mains au-dessus de la tête.
Ces chiffres concernent des modèles et des tâches simulées précis : ils ne s'appliquent pas automatiquement à votre poste. Si l'évaluation est insatisfaisante, le guide est clair : la démarche d'acquisition doit être interrompue, et l'entreprise doit se reposer la question de l'aménagement du poste ou de l'automatisation.
Étape 4 : évaluer les autres effets
Un exosquelette peut transférer l'effort vers d'autres muscles (abdominaux, triceps, jambes) et perturber l'équilibre. L'INRS recommande de mettre en balance bénéfices et contraintes, de communiquer les effets indésirables aux futurs utilisateurs, d'en assurer le suivi, et de renouveler l'évaluation si l'exosquelette est utilisé sur une autre situation de travail.
Quels risques l'INRS demande-t-il d'évaluer ?
Dans la brochure ED 6295, l'INRS classe les risques potentiels en trois familles :
- mécaniques : heurts, écrasement, frottement, collision avec une autre personne, chute ;
- physiques : perturbations sensorielles, troubles de l'équilibre et de la posture, mouvements entravés ;
- cognitifs : attention et concentration accrues, remise en question de l'expertise du salarié.
La FAQ ajoute deux points de vigilance. D'abord, la sollicitation cardiaque : une étude citée par l'INRS a relevé une hausse d'environ 15 % du coût cardiaque avec un modèle de 9 kg en manutention. Ensuite, le manque de recul sur les effets à long terme, qui justifie un suivi des utilisateurs avec le service de prévention et de santé au travail. Enfin, l'INRS rappelle que le sentiment de moindre effort peut inciter à intensifier le travail : l'employeur doit fixer des objectifs clairs, la santé du salarié devant primer.
Un exosquelette est-il un EPI ou une machine ?
Selon l'INRS, un exosquelette n'est pas un équipement de protection individuelle (EPI) : pour l'être, son fabricant devrait démontrer qu'il protège contre un risque et le soumettre à un « examen CE de type » par un organisme notifié, ce qu'aucun fabricant ne revendiquait à sa connaissance. La FAQ précise aussi que seuls les exosquelettes robotisés relèvent de la directive Machines ; les modèles purement mécaniques, à ressorts ou élastiques, n'entrent pas dans son champ.
En pratique : l'exosquelette ne peut pas servir de justification pour alléger d'autres mesures de prévention, ni pour augmenter les charges portées. L'INRS rappelle que les limites de charge de la norme NF X35-109 continuent de s'appliquer.
Comment réussir le déploiement auprès des équipes ?
Les publications de l'INRS convergent sur plusieurs bonnes pratiques :
- Constituer un groupe de travail avant l'arrivée de l'appareil, avec au minimum le service de santé au travail et les représentants du personnel (FAQ, ED 6315).
- Tester en deux temps : hors production, puis en situation réelle, pour s'assurer de l'appropriation par l'utilisateur (ED 6295).
- Former les utilisateurs, leurs collègues et l'encadrement aux réglages, aux risques et aux restrictions d'usage (ED 6295).
- Prévoir une familiarisation : l'INRS ne fixe pas de durée, mais demande à l'employeur d'organiser cette phase (FAQ).
- Évaluer l'aptitude de chaque salarié avec le service de santé au travail : un exosquelette ne convient pas à toutes les morphologies (ED 6295).
- Suivre dans la durée, avec des retours d'expérience à court, moyen et long terme (ED 6416).
Côté budget, la FAQ de l'INRS indique qu'il n'existait pas, à sa connaissance, d'aide financière directe à l'achat d'exosquelettes pour les petites entreprises, et que des sociétés proposent la location. Pour comparer les deux options, lisez acheter ou louer un exosquelette.
Comment EXOSTARS peut vous aider à appliquer cette démarche
Nous ne remplaçons ni votre service de prévention ni votre médecin du travail. En revanche, nous pouvons vous aider à préparer l'étape 3 du guide ED 6416 : vous présenter les catégories d'exosquelettes adaptées aux tâches que vous avez identifiées, et organiser un essai avec vos opérateurs. Nous étudions avec vous les modalités d'essai et d'accompagnement adaptées à votre activité.
Pour le travail bras levés, notre comparatif Hilti EXO-S ou SuitX IX SHOULDER AIR détaille deux modèles passifs. Pour comprendre les différences de technologie, voir exosquelette actif ou passif. Et pour organiser un essai ou demander un devis professionnel, rendez-vous sur notre page essai d'exosquelette.
Questions fréquentes
Que recommande l'INRS avant d'acheter un exosquelette ?
L'INRS recommande d'analyser d'abord la situation de travail et le besoin d'assistance physique, puis d'agir en priorité sur l'environnement de travail. L'exosquelette ne se choisit qu'ensuite, et doit être testé en situation réelle.
Quel guide de l'INRS aide à choisir un exosquelette ?
Le guide ED 6416, Repères méthodologiques pour la sélection d'un exosquelette professionnel (juillet 2021). Il complète la brochure ED 6315 sur l'acquisition et l'intégration d'un exosquelette en entreprise.
Un exosquelette est-il un équipement de protection individuelle ?
Non. Selon l'INRS, aucun fabricant ne revendiquait à sa connaissance le statut d'EPI, qui suppose de démontrer une protection contre un risque et un examen de type par un organisme notifié.
L'employeur peut-il imposer un exosquelette à un salarié ?
L'INRS insiste sur l'implication des salariés et sur une évaluation de l'aptitude avec le service de santé au travail, car un exosquelette ne convient pas à tout le monde. Pour la question juridique précise, rapprochez-vous de votre service de prévention et de santé au travail.
Un exosquelette permet-il de porter des charges plus lourdes ?
Non, sauf s'il est relié à un point fixe. Sinon, les efforts restent supportés par le salarié et seule leur répartition change : les limites de la norme NF X35-109 s'appliquent toujours.
Existe-t-il des aides pour financer un exosquelette ?
La FAQ de l'INRS (2018) indique qu'il n'existait pas, à sa connaissance, d'aide directe pour les petites entreprises. Renseignez-vous auprès de votre Carsat, Cramif ou CGSS sur les dispositifs en vigueur.
Sources
- INRS – Repères méthodologiques pour la sélection d'un exosquelette professionnel, ED 6416 (juillet 2021)
- INRS – 10 idées reçues sur les exosquelettes, ED 6295 (mai 2018)
- INRS – Acquisition et intégration d'un exosquelette en entreprise, ED 6315
- INRS – Exosquelettes : foire aux questions
- INRS – Exosquelettes au travail (Les essentiels)
- INRS – Un nouveau guide pour aider les entreprises à sélectionner un exosquelette
- Légifrance – Code du travail, article L4121-2
- Légifrance – Code du travail, article L4121-1